Que penser de la fermeture des discothèques cet été ?

De nombreux patrons de discothèques espéraient relancer leur activité cet été mais l’état semble vouloir maintenir la fermeture de leurs établissements.

Immense déception pour de nombreux professionnels de la nuit. Le gouvernement n’est pas revenu sur sa position quant à une ouverture anticipée des clubs. Alors que le pays est sorti de l’état d’urgence sanitaire ce 10/07, la fermeture des discothèques est à ce jour prolongée jusqu’au mois de septembre sous réserve de maîtrise du virus.

Les derniers éléments

Face aux difficultés financières déjà présentes ou à venir, le monde de la nuit est confronté à une situation économique des plus anxiogène. Stoppé depuis le mois de mars, il s’agit du seul secteur n’ayant pas repris le cours de son activité. Aujourd’hui, c’est 1 600 établissements dans toute la France qui sont à l’arrêt. Ce chômage forcé impacte par ricochets de nombreux prestataires dépendants de cette économie (DJ, performeurs, techniciens, sécurité, etc…). Désemparés par l’absence de visibilité sur les aides de l’état, les professionnels alpaguent le gouvernement depuis plusieurs semaines pour trouver des solutions.

Faire évoluer exceptionnellement les licences des établissements pour se rapprocher du modèle d’un bar semble la piste la plus sérieuse. Les clients auraient à leur disposition une table à laquelle ils doivent s’installer pour consommer. En contrepartie, les discothèques renonceraient à leur espace dansant afin de ne pas créer de promiscuité entre les clients.

Mais que penser de ces solutions ? Comment va se traduire le maintient de cette fermeture dans les semaines et mois à venir ? Nous avons rassemblé quelques éléments de réflexion.

La place de la sécurité

Cette fermeture des discothèques permet de ne pas créer des regroupements en espace confiné où il est difficile de faire respecter la distanciation sociale. Le risque est toujours présent à l’image de la Suisse qui en a fait l’amère expérience. Récemment, une soirée en club à Zurich a conduit à la mise en quarantaine de 300 personnes à cause d’un cas avéré de COVID. Cette angoisse liée à une éventuelle contamination est présente chez de nombreuses personnes et ne présage pas un retour à des jauges pleines. Lors de notre dernier “Cube à l’air”, nous avons pu constater l’importance donnée à la sécurité.

Pour autant la fermeture des discothèques ne signifie pas l’absence de regroupements. Nous constatons depuis plusieurs semaines la tenue d’événements privés regroupant plusieurs dizaines voir centaines de personnes. A but lucratif ou non, ces rassemblements ne sont pas encadrés et sécurisés comme les clubs. La traçabilité du virus est donc beaucoup plus incertaine. Imaginons un instant que l’événement à Zurich dont nous parlions plus tôt n’ait pas été encadré par des professionnels. Le suivi et la mise en quarantaine de ces trois cent personnes aurait-il été aussi simple ?

L’aménagement d’espaces extérieurs et non confinés pour des rassemblements ne semble pas, selon le conseil scientifique, faciliter la propagation du virus. C’est pour cela que de nombreux bars ont dans un premier temps pu ouvrir uniquement leurs terrasses. Aujourd’hui certains clubs ont la possibilité d’accueillir du public en plein air. Si les rassemblements sont autorisés (sous conditions) pour certaines manifestations musicales, pourquoi les clubs ne sont-ils pas concernés ? En réalité, beaucoup de clubs ne possèdent pas d’espaces extérieurs, ce qui limite rapidement cette solution. Ré-adapter l’offre en intérieur semble être la solution la plus facilement généralisable mais est-elle pour autant la meilleure option ?

L’aspect Financier

D’un point de vue financier de nombreux calculs sont à réaliser. L’ouverture permettra de relancer des entreprises à l’arrêt depuis quatre mois et générer du chiffre d’affaires. Il permettra de payer un certains nombre de charges pour limiter l’endettement des établissements, mais aussi de faire à nouveau travailler les prestataires qui ont besoin de revenus après ces longs mois d’arrêts. Cette reprise d’activité est importante pour de nombreux indépendants qui ne bénéficient pas toujours des mêmes conditions de soutien que les entreprises en fonction de leur statut. Mais ces gains seront-ils suffisants pour couvrir les charges liées à cette reprise d’activité ? Les clubs souffrent depuis de nombreuses années d’un manque de fréquentation mettant en péril leur rentabilité. Dès lors, une ouverture avec des capacités réduites et des prestations modifiées auront plusieurs répercussions. Quels tarifs appliquer pour être compétitif et attractif ? Ce modèle est-il viable financièrement ?

A l’image des terrasses, tous les clubs ne seraient pas égaux sur de telles mesures. Les modèles économiques sont souvent différents : entrées payantes où non, location de leur espace pour des collectifs ou production de leur propre soirée par exemple. Ces paramètres pourraient se révéler plus dangereux financièrement que le maintient d’une fermeture compensée par des aides.

Se pose aussi la question de l’intérêt du public pour cette formule. Pourquoi aller dans une boîte de nuit – lieu souvent sombre et confiné – si les prestations de cette dernière deviennent semblable à un bar avec la suppression de l’espace de danse ?

Un concept à réinventer ?

La situation est donc très complexe pour les clubs Français qui doivent faire face à une situation inédite. Si leur fermeture cet été est maintenue, la rentrée n’en restera pas pour le moins complexe. En plus de la menace d’une seconde vague qui continuerait de bloquer leur activité, il devront faire face à un paramètre nouveau : l’évolution du mode de sortie des Français.

Avec la poursuite des rassemblements privés (encadrés ou non), la fête en France risque d’évoluer durant l’été. Après plusieurs mois d’absence des clubs, le grand public aura-t-il toujours l’envie de fréquenter ces établissements s’il a trouvé des solutions alternatives ? Quelles prestations pourront offrir les boîtes de nuit pour que leur concept redevienne attractif ? Même si un certain nombre d’habitués ont hâte de pouvoir fréquenter les discothèques à nouveau, le grand challenge sera d’intéresser la large majorité du public qui se détourne des discothèques depuis ces dernières années.

Si le sujet vous intéresse, découvrez notre dernière émission sur ce lien.

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